Être vierge pour Dieu : notre vocation révélée par Marie

Le « oui » de Marie est le prologue de notre « oui ».

Pour Maurice Zundel(1), la virginité de Marie ne se réduit pas à un fait biologique : elle est avant tout une « virginité du cœur ». Fr. José Kohler, fin connaisseur de sa pensée, nous propose une lecture de l’Annonciation qui renouvelle notre regard sur Dieu et sur l’homme.

Maurice Zundel parle finalement peu de Marie, par pudeur sans doute, mais il nous en parle dans un langage qui réveille en nous le mystère que nous sommes et c’est en cela que c’est intéressant ! Dans son adolescence, ce dernier fait l’expérience intime de Marie comme Virgo virginans, que l’on peut traduire par « la Vierge qui rend vierge ». À quoi cela nous invite-t-il ?

ACCUEILLIR UN PROJET D’AMOUR

Lorsque saint Luc met en forme son Évangile, nous sommes aux environs des années quatre-vingt, c’est à la lumière de la foi au Christ qui a vécu, qui est mort et ressuscité pour nous qu’il rédige ce texte. Alors, en historien de son époque, il commence par le début qui, de fait, n’est compréhensible que par la fin. Cette fin, nous la connaissons : c’est Dieu qui s’offre sur une croix, un Dieu qui s’est vidé de toute puissance, c’est l’amour vécu jusqu’au bout. Car le désir éternel de Dieu – qui n’est qu’amour comme le dira plus tard saint Jean (1 Jean 4,8) dans une merveilleuse simplicité – c’est que l’humanité puisse partager sa vie, de la création à la croix.
Pour réaliser son projet d’amour, Dieu fait appel à une jeune fille d’Israël qui est déjà tout habitée par cette longue attente et espérance de rencontrer son créateur. En d’autres mots, Marie a de l’espace à l’intérieur d’elle-même ; elle n’est pas encombrée par un ego surdimensionné ! Elle sait que sa vie lui vient d’un autre. « Réjouis-toi Marie comblée de grâce, le Seigneur est avec toi », la salue l’ange Gabriel. Et comment ne pas nous réjouir devant cet amour, cette grâce de Dieu qui n’enlève rien à l’humanité de Marie – et donc à la nôtre – puisque notre vocation première est de l’accueillir en plénitude.

VIERGE DE TOUTE CONTRAINTE INTÉRIEURE

Mais pour l’instant, Marie est touchée au coeur, bouleversée par ces paroles, à la fois séduite et craintive. « Sois sans crainte Marie, tu vas concevoir et enfanter un fils, tu lui donneras le nom de Jésus (Dieu sauve). Il sera grand, il sera appelé Fils du Très Haut. » Marie est appelée à passer de l’interrogation (bien légitime) à la confiance. À basculer du côté de la foi qui l’ouvre au projet de Dieu encore incompréhensible. Marie doit renoncer à ses propres projets – Zundel aime parler de « désappropriation » – et elle comprend qu’elle ne maîtrise plus rien à la situation ! Alors, elle part, dans un grand élan de courage et de liberté, « sans savoir où elle allait » comme Abraham, le Père des croyants, qui quitta son pays pour répondre à l’appel de Dieu… Dieu ne s’impose jamais.
« Mais comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais point d’homme ? » Alors l’ange lui répondit : « L’Esprit viendra sur toi et te couvrira de son ombre, c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. » Au moment crucial, il y a toujours l’Esprit (qui est la présence aimante et agissante de Dieu). Souvenez- vous : au commencement, l’Esprit planait sur les eaux… Ou encore au moment de la sortie d’Égypte, la nuée, de jour comme de nuit, précédait la marche du peuple d’Israël.

La virginité n’est pas absence, mais capacité d’accueil. Cette terre en jachère n’est pas vide, mais prête à recevoir la semence.

UN « OUI » DE LIBERTÉ

« Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole ». Le « oui » de Marie est fondamental car il est la réponse au « oui » de Dieu. Dieu qui n’est qu’amour et ne peut donc rien nous imposer de l’extérieur. Le « oui » de Marie est le prologue de notre « oui ». Car, bonne nouvelle, Marie est bien de notre humanité, ce n’est pas une extraterrestre ou une exception miraculeuse ! Elle veut et elle va accueillir le désir de Dieu qui est de partager notre humanité. Marie est vierge car elle laisse pleinement Dieu être Dieu en elle.
Et c’est dans cette foi qu’elle va vivre sa vocation de mère de Jésus, Fils de Dieu, cette foi que va louer de manière prophétique sa cousine Élisabeth qui va enfanter dans sa vieillesse, « Bienheureuse celle qui a cru : ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira ».
Avec Marie, nous sommes invités à dépasser notre regard hyper logique et rationaliste pour accueillir le mystère de Dieu et de notre humanité. Nous sommes invités à dire « oui » à ce Dieu d’amour qui veut naître en chacun d’entre nous, qui veut prendre chair dans nos vies. Pour Zundel, la sainteté n’est pas ce que nous faisons (respecter des règles, accumuler des « bonnes actions », etc.), mais ce que nous devenons en nous laissant habiter par Dieu. Et « la très Sainte Vierge est un sacrement de la tendresse de Dieu pour nous », écrit Marc Donzé(2).
Elle nous révèle la manière d’être de Dieu, un Dieu que l’on a pourtant si souvent affublé des caricatures de l’autorité et du pouvoir, mais qui agit envers l’homme avec une tendresse maternelle et paternelle, proche, intime, qui ne contraint jamais.

Fr. José KOHLER, OFM

(1) Théologien catholique suisse (1897-1975)
(2) Prier 15 jours avec Maurice Zundel par Marc Donzé, le grand spécialiste de Zundel. Le dernier chapitre : Marie sacrement de la tendresse de Dieu. Éditions Nouvelle Cité, mai 2016, 128 p. 12,90 €.

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