Origine et signification du Tau franciscain

Un symbole de la mission des frères envoyés dans le monde pour inviter tous hommes à se convertir en accueillant l’Évangile du Christ, source de paix.

Si vous ne l’avez pas remarqué autour du cou des frères, des sœurs ou des laïcs franciscains, peut-être l’avez-vous vu sur les murs de nos couvents ou sur les objets liturgiques. Fr. Michel Hubaut revient sur le sens de ce symbole adopté par saint François lui-même.

En 1215 eut lieu, à Rome, le concile de Latran IV. François y est personnellement présent, probablement à titre de fondateur d’un mouvement spirituel que le pape Innocent III avait approuvé oralement en 1209 (2C17), et qu’il promulgua officiellement au cours de ce Concile (selon la compilation de Pérouse, CA 101. LP67).
Le pape Innocent III ouvrit ce rassemblement par un sermon qui marqua l’esprit des participants. Il partit d’une parole du Christ, « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » (Lc 22, 15), rappelant au passage que Pâque signifie “passage”. Il souhaite que le Concile, nouvelle Pâque, soit un « passage corporel » par le départ d’une croisade pour libérer Jérusalem, un « passage spirituel », c’est-à-dire une conversion, une réforme de l’Eglise, et un « passage ultime » vers la Vie éternelle par la revitalisation des sacrements, en particulier de l’Eucharistie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, plus tard, l’eucharistie sera le thème central des sept lettres de saint François.

UN SIGNE DE FIDÉLITÉ

A propos du “passage spirituel”, le pape développe un long commentaire du chapitre neuf du prophète Ezéchiel où Dieu invite un homme vêtu de lin à traverser Jérusalem en marquant d’un Tau au front (lettre hébraïque ayant primitivement la forme d’une croix) « ceux qui gémissent et qui se lamentent sur toutes les abominations qu’on y commet » (Ez 9, 3). Après la venue de cet homme, six autres sont chargés de passer derrière lui pour une extermination générale de tous ceux qui profanaient le sanctuaire de Dieu par l’adoration des idoles. Et Dieu ajoute : « Mais tous ceux qui sont marqués au front, ne les touchez pas ». Le Tau devient donc le signe des élus, sauvés par leur fidélité à la Parole de Dieu.

UN SYMBOLE D’ENVOI EN MISSION

Transposée sur le plan chrétien, la croix du Christ, sur laquelle, par amour pour nous et pour le pardon de nos péchés, il fut crucifié, est le signe par excellence de notre salut. Saint François, bouleversé par le crucifix de Saint-Damien, a nécessairement dû être touché par ce commentaire du pape. Il y a entendu une confirmation de l’appel du Seigneur et de sa mission, lui qui, dès qu’il eut huit frères, les envoya en leur disant : « Allez, mes biens aimés, parcourez deux à deux les diverses contrées du monde, annoncez la paix aux hommes et prêchez-leur la pénitence qui obtient le pardon des péchés » (1C29 ; AP15d). C’est ainsi que saint François adoptera le Tau comme signature personnelle et comme symbole de la mission des frères envoyés dans le monde pour inviter tous hommes à se convertir en accueillant l’Évangile du Christ, source de paix.

UNE CROIX GLORIEUSE

Dès le début de la fraternité « la croix du Christ leur tenait lieu de livre. Jour et nuit, ils s’en remémoraient le mystère, la regardant sans se lasser, à l’exemple et suivant les instructions de François qui les en entretenait longuement » (LM. 4, 3).
Cela ne veut pas dire que la Croix fut une obsession morbide pour François. Car ce qui le fascine, ce n’est pas la souffrance mais l’amour que le Christ y révèle. Et si ce crucifié garde les stigmates de sa mort violente, François contemple et suit un Christ vivant, vainqueur du mal, qu’il prie en disant : « Dieu, Très-Haut et glorieux. » François n’a jamais limité sa contemplation du Christ à son parcours terrestre, mais il le contemple jusqu’à son exaltation dans la gloire. Toute sa vie apostolique se déroulera sous ce double regard de Jésus, Sauveur et Seigneur (Test. 4-5).

Fr. Michel HUBAUT, OFM

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