Lors du week-end de la Pentecôte, Mathilde, 27 ans, a participé au « Week-end pour femmes » à Vézelay, proposé par la Pastorale des jeunes et des vocations de notre Province et animé par Agnès, Pasteure protestante, et Anne-Marie, théologienne. Témoignage.
Il y a des personnes qui marquent profondément notre chemin. Ce fut le cas pour moi, lors de la rencontre des « frangines », Anne-Marie et Agnès. Auprès de ces deux femmes, j’ai vu s’ouvrir des chemins de possibles, de Libération, de Confiance et d’Espérance… C’est chez elles, et avec elles, que nous avons vécu à 18 femmes, une Pentecôte en cheminant autour de la question de notre place en tant que femmes dans l’Église. Le samedi matin, j’ai reçu à la sortie de la messe des interpellations de la part d’hommes inquiets, comme : « Prenez soin de nous les hommes », « Est-ce que vous allez travailler sur notre place d’homme dans l’Église aussi ? », « On ne va pas défaire 2000 ans de machisme en si peu de temps », etc. Le chemin entre l’église et la maison des « frangines » m’a permis d’ancrer la prise de conscience de l’actualité de ce sujet, et de l’intérêt de se retrouver en non-mixité.
JUSTE DISTANCE
Ce que nous avons vécu ce week-end incarne à mon sens la manière d’être ensemble que nous enseigne le Christ et qu’il nous exhorte à vivre.
Une manière d’être chaste, où la juste distance vis-à-vis de l’autre, est recherchée dans le respect de son altérité radicale. Juste distance vis-à-vis de Dieu, d’abord, en explorant toutes les manières de le nommer pour ne pas restreindre Dieu à une image, par exemple une trinité qui serait uniquement « deux hommes et un oiseau ». Juste distance entre nous, facilitée par la grande diversité de profils, d’expériences et de questionnements réunies autour d’une table. Cela a amené à prendre le temps du choix des mots justes, à la fois fidèle à la vérité de notre cœur et respectueux du cheminement de l’autre.
Juste distance vis-à-vis des rapports de pouvoir. En nommant, après discernement, 12 sources nourrissantes pour notre vie intérieure, nous avons pu entrevoir comment gagner en autonomie, pour s’opposer à une forme de domination où l’on nous dirait ce qui est bon pour nous sans qu’on ait sollicité d’avis.
UN TRAVAIL DE GUÉRISON
Une manière d’être en communion, où la délicatesse, l’écoute, l’attention, la qualité de présence font que l’expérience vécue et partagée transforme. L’image donnée par Agnès, de mains qui recueillent la parole de l’autre comme un trésor, et qui donnent la confiance que ce qu’on dit sera soutenu par une autre, m’a beaucoup touchée. Alors que la rivalité est souvent au cœur de nos relations, “qu’on fit de nous des concurrentes” comme le chante Anne Sylvestre dans les « frangines », nous avons bâti là une toile de soutien et d’amour qui a permis de commencer le travail de guérison des blessures liées à notre place de femme dans l’Église et des blessures dans nos liens… J’aime à croire que nous avons travaillé activement à la venue du règne de l’Amour, tout en participant à donner ses lettres d’or à la sororité.
EN CHEMIN
Une manière d’être en chemin, qui implique de se décaler, de grandir ensemble. Cette petite pratique qui est, à la fin d’un tour de parole, de dire une chose qui nous a touché chez une autre, nous a aidé à nous décaler, à changer de perspective. C’est d’ailleurs ce que nous avons découvert dans la Bible : n’est-ce pas un livre pour poser des questions fondamentales, pas nous donner des réponses ?
J’ai vraiment eu la sensation d’un week-end source de guérison, de libération, et d’envoi en mission. Lors de la dernière messe j’ai entendu un extrait de la Genèse, dans son interprétation littérale. A mon sens un de ces textes fondateurs des mythes de société patriarcale ; celle qui infériorise la femme, celle qui lui donne un rôle de tentatrice. En plein chemin vers le mariage, je prends conscience du lien entre cette interprétation littérale et notre imaginaire collectif qui envisage qu’une femme n’est vraiment « complète » qu’une fois qu’un homme lui a passé la bague au doigt et qu’elle a enfanté ! Avec la chanteuse Estelle Meyer j’avais envie de crier : « On n’est pas issue d’une putain de côte de l’homme ! ».
Libérée par les apprentissages, j’étais capable d’être critique de ce que j’entendais. Guérie par les liens et le partage de mes difficultés en tant que femme dans l’Église, j’ai pu trouver une sérénité pour mettre en place une confrontation très saine. Consciente d’avoir reçu un trésor et de l’importance de partager un regard féminin sur les textes bibliques, j’ai senti la responsabilité d’aller partager ces réflexions avec un prêtre, lui disant les drames créés par ces interprétations…
En repartant de ce week-end en chantant à tue-tête « Qui a décidé ce qu’est la femme ? » avec Barbara Pravi, je sentais qu’un grand espace s’était ouvert en moi, et un grand chemin s’ouvrait devant moi, pleinement reliée à cette expérience et à mes sœurs en Christ. Un autre rapport à l’Église, à notre société s’ouvre pour moi, et pour beaucoup d’entre nous, je l’espère ! Le clin Dieu du retour, c’est que les personnes qui m’ont écoutée jusqu’au bout raconter cette expérience, ont été mon compagnon, mes collègues de bureau tous hommes et un ami proche. Si ces temps de non-mixité sont essentiels à mes yeux, retrouver d’autres formes d’altérité et étendre cette toile de soutien et de communion aux hommes est tout aussi essentiel… Peut-être que ça leur donnera envie de s’interroger eux-mêmes et entre eux aussi ?
Imprégnée de sororité, je repars avec l’envie d’explorer la puissance de l’adelphité, terme apparu au Ier siècle dans les communautés chrétiennes, sous la plume de l’apôtre Pierre, pour désigner une communauté des frères et des sœurs.
Merci Agnès et Anne-Marie, merci mes sœurs et merci les franciscains pour ces instants au goût d’éternité, au goût du Royaume de justice, de paix et d’amour.
Mathilde