Cette vocation, elle ne vient pas de moi, elle vient de Dieu”

Il est 9h00, ce vendredi matin à Avignon. Au couvent du 33 rue de la Porte Évêque, frère Christian Brailly monte en voiture. Direction le crématorium de la ville : dans une heure, il célébrera les funérailles de Josiane, entourée de sa famille.

Aumônier au crématorium : une mission que lui a proposée l’évêque de son diocèse, Mgr Cattenoz, en 2010, pour une durée de quinze jours… et qu’il occupe maintenant depuis dix ans ! “Si j’ai continué, c’est parce que la Vierge Marie a dit : ‘Que Ta volonté soit faite, Seigneur’. Elle a gardé confiance en suivant le Christ. Donc pour le crématorium, je me suis dit : “Que ta volonté soit faite, Seigneur, et non pas la mienne !”.

Christian y a la tâche délicate de recevoir et d’accompagner les familles jusqu’au moment de la crémation de leur proche. D’horizons très divers, la plupart font appel à lui car désirent que ce dernier adieu soit religieux. “J’accueille beaucoup de non-croyants, raconte-t-il. Au début de chaque cérémonie, je leur dis que la maison de Dieu est leur maison, qu’ils soient mariés ou pas, divorcés ou pas… ça n’a pas d’importance. Je pense qu’il faut avant tout faire passer un message d’espérance et de non-jugement. Et ça, je vois que ça les touche. Il n’existe pas de célébrations déjà toutes faites : comme la cérémonie au crématorium n’est pas un sacrement, je suis assez libre dans la forme. Je n’impose pas de signe de croix au début, par exemple”.

Dans le calme de la salle funéraire, un membre de la famille lit la lettre de Saint Paul aux Corinthiens. “S’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne… je ne suis rien”. Puis une musique s’élève dans l’air, l’Hallelujah de Alexandra Burke. Parfois, c’est du Sardou, ou bien du Johnny Hallyday que les familles choisissent. “Elles sont touchées de pouvoir prendre un texte ou un morceau profane, ce qu’elles ne feraient pas à l’église”.

Une demi-heure plus tard, la cérémonie touche à sa fin. Dans une salle funéraire blanche comme neige, des plus silencieuses, une femme s’approche : “Vous savez, Frère, c’est la première fois que l’on se sent accueillies dans l’Eglise… parce que vous avez dit que l’Église était ouverte aux non-croyants. Merci…”.

Le personnel du crématorium est unanime : “Il faut voir Christian célébrer, il a un vrai don pour accompagner les personnes. Il s’assoit à côté des gens, leur met la main sur l’épaule, arrive à avoir les mots justes pour les réconforter quand il faut… et pourtant ce n’est pas facile, car il ne faut pas être intrusif, savoir respecter les phases de deuil de chacun.

Avec une humilité toute franciscaine, frère Christian conclut : “Cette vocation, elle ne vient pas de moi, elle vient de Dieu”.  Pourtant depuis son plus jeune âge, frère Christian, encore enfant de chœur, servait tous les enterrements de son village ! C’est-à-dire qu’il faut se laisser conduire par le Seigneur. C’est vrai que certains jours sont durs. Alors juste avant une célébration, je Lui dis : ‘Écoute, si tu m’as mis là ce n’est pas pour rien… maintenant c’est toi qui agit ! ”

Claire Riobé