Du bois, des hommes et La Cordelle

À travers cette Cordelle en pleine rénovation, ce sont surtout les relations humaines qui se tissent.

Fin juin 2026, c’est dans la chaleur d’un été déjà bien trop installé, que je découvre l’Atelier Lemière, situé à Chablis : l’une des 13 entreprises du chantier de La Cordelle. Nous avions envie d’aller à la rencontre de ces artisans qui participent largement au renouveau de l’ermitage. Chantier d’exception pour des hommes d’exception, je vous emmène plonger dans l’univers passionnant du bois et de la menuiserie.

L’entreprise Lemière fête cette année ses 25 ans d’existence ! Un bel anniversaire pour l’une des dernières menuiseries traditionnelles de la région, dirigée par un duo d’hommes : son fondateur, Thierry Lemière et Arnault Blondel (photo ci-dessus), l’ayant rejoint 4 années plus tard. 4 salariés complètent l’équipe.

Lorsque j’arrive dans l’atelier, c’est Arnault qui m’accueille. C’est lui qui suit le chantier de La Cordelle et fait les allers-retours (compter 45 minutes entre Chablis et Vézelay) pour prendre ses cotes, rencontrer les frères et l’architecte, puis revenir installer les menuiseries prêtes à la pose à l’ermitage. Dans le cadre du chantier de rénovation, ce sont “65 huisseries” (sic) créées de toute pièce pour les bâtiments des cellules – rénovation thermique oblige, le nouveau bâtiment d’accueil et la crypte de la chapelle.

Tout de suite, je suis saisi par l’ambiance qui règne dans ce vaste atelier : des machines inconnues en tous sens, l’odeur du bois, la sciure, les ouvriers qui s’activent et me saluent d’une franche poignée de main, des portes anciennes en cours de restauration, des morceaux de menuiseries en train d’être assemblés. Bref, si un monde nouveau s’ouvre à moi, la curiosité me donne envie d’en savoir plus. Toupie, dégauchisseuse, raboteuse, mortaiseuse, défonceuse, tenonneuse… Si vous connaissez ces mots, je n’en connaissais qu’un sur deux (et encore).

Plus nous avançons dans la visite de la menuiserie, plus j’en apprends sur les étapes de création d’une huisserie, soit l’encadrement d’une porte ou d’une fenêtre en bois. Par exemple, j’apprends que pour réaliser une fenêtre, les menuisiers utilisent 13 pièces de bois différentes. Faites le calcul pour La Cordelle ! Ainsi, c’est un travail de longue haleine, alliant technique, rigueur et précisions, que je découvre au fur et à mesure.

En arrivant dans la dernière pièce de cet atelier, je découvre l’un des plus jeunes artisans de l’entreprise. Il est en train de s’activer… sur la future baie en bois de la crypte de la chapelle de La Cordelle. Passionnant ! Tout part d’un plan, établi par Arnault sur ordinateur, qui permet d’obtenir les mesures et les cotes, indispensables pour la création de cette fenêtre. Ensuite, il s’agit d’assembler les pièces de bois découpées sur mesure. Il faudra encore quelques jours pour que les artisans finissent d’assembler les huisseries de la crypte et viennent les livrer à La Cordelle.

Un artisan appliqué sur l’assemblage de l’une des nouvelles baies de la crypte de La Cordelle.

Le chantier de La Cordelle ? Quand j’en parle à Arnault, il me répond le sourire aux lèvres : “Nous l’avons refusé trois fois avant d’y aller”. Complexité de la mise en œuvre pensée par les premiers architectes, agenda de travail surchargé. Pourtant, à la quatrième demande, l’atelier Lemière répond finalement favorablement à l’appel. Après être parti une première fois visiter le lieu – qu’il ne connaissait pas avant d’être sollicité – Arnault comprend progressivement le projet de rénovation. Aujourd’hui, il est très heureux d’y avoir participé : “Sans doute un coup de François d’Assise si finalement nous avons accepté le chantier” me dit-il le regard malicieux. L’un des points qui revient le plus souvent dans son discours sur La Cordelle : la joie d’avoir rencontré les frères, tous les trois. “Des personnes compréhensives et adorables, qui s’intéressent réellement à ce qu’on fait”. Des frères avec qui il a pu parler de son propre voyage à Assise, en 2021, à une époque où il n’imaginait sans doute pas recroiser la route des franciscains dans sa vie.

Vue sur le nouveau bâtiment d’accueil avec plusieurs huisseries créées et installées par l’atelier Lemière.

Quand il évoque La Cordelle à la fin de notre rencontre, je lui demande pourquoi, selon lui, ce projet de rénovation a du sens. Il me répond d’abord : “Pour la vue, c’est un endroit magnifique.” Et ensuite : “C’est beau de voir des bâtiments comme ceux-là auxquels on redonne vie, de voir que l’on donne une vision au site.” Et quand il parle à nouveau des frères, il lâche : “Mince, quand le chantier sera fini, il faudra que j’y retourne. Cette relation avec eux, cette forme de familiarité, me manquera”.

C’est autour d’un verre de Chablis (incontournable ici !) que notre rencontre se termine, avec Thierry Lemière, le fondateur, qui nous a rejoint. A la joie de découvrir un métier remarquable et des artisans engagés avec passion, me vient la joie de voir qu’à travers cette Cordelle en pleine rénovation, ce sont surtout les relations humaines qui se tissent. Oui, décidément l’esprit de François d’Assise nous accompagne dans ce chantier.

Pour découvrir l’Atelier Lemière : Rue du Serein 89800 CHABLIS www.menuiserie-chablis.fr

L’équipe d’artisans de l’atelier Lemière autour de l’une des futures baies de la crypte de La Cordelle, en chêne massif.

Thibaud LÉPISSIER

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