« Avancer en Christ au risque de la rencontre » : écho de la retraite au Maroc

Avant de rencontrer une personne, suis-je prêt à croire qu’elle pourra m’apporter quelque chose ?

Du 21 au 28 février, les Sœurs de Saint François d’Assise accueillaient à Tazert (Maroc) une quinzaine de jeunes venus de toute la France, le temps d’une retraite d’entrée en Carême animée par Fr. Stéphane Delavelle. Retour sur cette nouvelle proposition portée par la Pastorale des Jeunes de notre Province.

“Notre maison est votre maison !” C’est dans un sourire généreux que Sr. Marie accueille les retraitants tout juste arrivés en taxi dans l’enceinte de la Maison de la Visitation, en ce samedi 21 février. Après une longue route bordée de grandes étendues arides, le regard ne peut que s’émerveiller devant cet écrin de verdure où pins, oliviers et eucalyptus offrent leurs branches à de nombreux oiseaux.
Dans ce pays de confession musulmane, la présence des sœurs est un grain de sable et la relation à l’autre croyant est un ouvrage délicat tissé au quotidien, comme vont le découvrir les retraitants.

NOUS RENOUVELER GRÂCE À L’AUTRE

“Quelle soif me pousse vers l’autre ? Quel désir brûle en moi ? Pendant cette retraite, je vous invite à écouter cela et oser regarder toutes vos relations : c’est là que Dieu nous attend.” Après la messe célébrée avec les sœurs dans la petite chapelle, Fr. Stéphane introduit le thème de la retraite devant les jeunes réunis pour le premier enseignement. “Dieu est relation. Il nous permet de Le connaître mais aussi de nous renouveler grâce à l’autre.” Une invitation à être attentif aux rencontres du quotidien : en famille, entre amis, dans le couple ou encore avec l’autre croyant. C’est là, à travers l’autre, que Dieu se révèle à nous.
Pour ce frère en mission au Maroc depuis 14 ans, dont 11 années dans la médina de Meknès, ces propos sont particulièrement habités d’une expérience quotidienne de l’altérité et de la rencontre.

DE LA VISITATION…

Chaque jour, la retraite est cadencée de temps d’enseignements en groupe et de silences personnels, à la lumière de textes qui invitent à relire nos propres expériences de l’altérité. Comme avec l’Évangile de la Visitation (Lc 1, 39-56) : “À l’instar de Marie, nous sommes invités à porter le Christ et à l’enfanter autour de nous. Mais à la manière dont Il veut se donner, non pas à notre manière ! L’essentiel étant de réaliser que l’autre aussi est porteur de Dieu, qu’Il nous y a précédé” insiste Fr. Stéphane. Une attitude qui implique de poser un acte de foi concret préalable à toute relation : “Avant de rencontrer une personne, suis-je prêt à croire qu’elle pourra m’apporter quelque chose ?”

…À LA RÉSURRECTION

Construite comme un véritable parcours, la retraite nous fait avancer sur un chemin intérieur : poser un regard sur nos fragilités pour les placer au cœur de nos rencontres ; découvrir qu’elles peuvent nous permettre d’entrer dans un nouveau mode de relation, plus léger, moins centré sur nous et qui laisse de la place à l’autre ; accepter de se regarder avec vérité et voir comment la rencontre peut nous révéler quelque chose de nous-même ; gravir la montagne avec le Christ et faire de la croix le mètre-étalon de notre amour. “C’est un modèle de l’amour de Dieu pour nous. Dans cet acte de soumission ultime, Il nous invite à aimer sans nous imposer, en refusant tout pouvoir sur l’autre ! Cette forme ultime de l’amour invite, dans nos relations quotidiennes, à laisser l’autre être autre, exister pleinement à côté de soi” explique Fr. Stéphane.
Enfin, au dernier jour de la retraite, mettant nos pas dans ceux de Marie-Madeleine devant le tombeau vide, nous sommes invités à soigner notre regard pour voir par-delà le visible. “Nous vivons tous des rencontres personnelles avec le Christ. Ainsi l’expérience de la résurrection pour Marie-Madeleine n’est pas la même que celle de Jean ni de Pierre.”

UN REGARD QUI ESPÈRE

« Merci Seigneur parce que tu es dans ma vie non pas parce que je le mérite mais parce que tu m’aimes. Aide-moi à aimer comme toi. » Vendredi, un temps dédié offre à chacun l’occasion de relire la semaine et d’en entrevoir déjà les fruits. Olivier ouvre le tour de table par une prière spontanée d’action de grâce. Xavier lui emboîte le pas : « J’ai appris comment vivre la bonté, l’espérance et l’amour sans écraser l’autre, sans vouloir en faire une copie conforme. » « Je repars avec cette image d’un Dieu qui reste toujours à côté, qui laisse faire. D’un Père qui ne s’impose pas. C’est pour moi une invitation à ne pas chercher à imposer mes idées à l’autre » poursuit Arnaud. « Je suis arrivée ici avec beaucoup de lourdeurs. Et ce matin, sans explication, je me suis sentie libérée. J’ai noté cette phrase avec laquelle je repars : « La vie devient plus légère quand on fait attention à chaque chose que l’on fait. » C’est une invitation pour moi à convertir mon regard » confie Gabrielle. Temps de silence ou de prière, enseignements, balades contemplatives dans le désert, simplicité du lieu, rencontre avec un frère ou une sœur… Chacun partage tour à tour ce avec quoi il ou elle repart, comme un trésor. « Cette retraite m’a permis de relire mes quatre dernières années de vie » conclut Marion. « Comme dans la broderie, il y a ce que l’on voit et ce qui est caché, l’envers plein de fils qui vont dans tous les sens. Ce temps m’a permis de prendre du recul pour regarder le joli motif qui est tissé par Dieu, tout en me disant que je suis quand même passée par plein de chemins très étonnants ! »

En guise d’envoi final, Fr. Stéphane poursuit : « Prenons le temps dans nos vies de regarder l’autre comme on contemple le Saint Sacrement : avec un regard qui espère pour laisser l’autre pleinement exister et vivre comme Dieu le veut. » Pour allier la parole au geste, il propose à chacun d’écrire une carte avec une parole de bénédiction. Cartes qui seront piochées au hasard lors de la messe finale, avec les sœurs, pour envoyer l’autre mais aussi pour se laisser envoyer à travers la parole de l’autre. Et continuer de découvrir, en repartant vers nos quotidiens, que « de la relation naît plus de vie. »

Henri DE MAUDUIT

Le dernier jour de la retraite, à l’issue de la messe, chaque jeune recevait une enveloppe signée d’un autre retraitant pour se laisser envoyer par la parole de l’autre.

La Maison de la Visitation

Nichée entre deux collines, sur les contreforts de l’Atlas, dans un Maroc rural à 60 km à l’est de Marrakech, la Maison de la Visitation est une véritable oasis aux portes du désert. C’est ici que décide de s’installer en 1931 le frère franciscain Charles-André Poissonnier (1897-1938) qui, dans l’esprit de Charles de Foucauld, y établit une chapelle et un dispensaire où pas moins de 10 000 berbères viennent se faire soigner chaque année. À sa mort, les frères mineurs prennent le relais 40 années durant puis passent la main à une communauté de sœurs melkites (anciennement clarisses), jusqu’en 2013. Cinq ans plus tard, le lieu est confié aux sœurs de Saint François d’Assise. Depuis, quatre sœurs y accueillent des groupes de retraitants et participent à la vie du village.

Chaque jour, Fr. Stéphane proposait une balade dans le désert. L’occasion de laisser descendre en soi les enseignements.
Merci aux sœurs pour leur accueil et leur cuisine qui a régalé le groupe tout au long de la semaine !

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