Autour d’un café ensoleillé, entre le château de Vincennes et le parc floral, nous avons échangé avec Claire N., 37 ans, sur son engagement écologique au sein de la paroisse Notre-Dame de Vincennes (94).
Claire, peux-tu te présenter à nos lecteurs et nous parler un peu de ton parcours ?
Je m’appelle Claire, je suis vincennoise et catholique pratiquante depuis mon enfance. Dans mon parcours de foi, il y a eu une étape importante qui est ma conversion écologique suite à la lecture de Laudato si’ en 2015. J’étais, jusque-là, plutôt indifférente à ces sujets. Cette encyclique, qui fait le lien entre théologie et enjeux écologiques, m’a convaincue de m’y intéresser, c’est ma responsabilité en tant que chrétienne. Différents aspects de ma vie, auparavant séparés, se sont unifiés. J’ai compris notamment que justice sociale et justice climatique étaient fondamentalement liées, et que mon engagement en tant que chrétienne devait être porteur d’espérance.
Tu es engagée dans deux mouvements chrétiens autour de l’écologie, peux-tu nous en dire davantage ?
En effet, le Mouvement Laudato si’, présent dans 140 pays, forme chaque année gratuitement des animateurs, à distance et dans de nombreuses langues. L’objectif est d’étudier ensemble l’encyclique et de réfléchir à comment la mettre en oeuvre. Cette formation intègre les aspects scientifiques aux spirituels, puis se termine avec des partages en petit groupe. Ce mouvement réunit 20 000 chrétiens partout dans le monde. Il comprend également un volet de lobbying, par exemple dernièrement en partageant une pétition pour un traité de non-prolifération des énergies fossiles. L’objectif est de mobiliser l’Église pour faire entendre une voix prophétique pour la justice climatique et écologique, en appelant à des politiques ambitieuses pour accomplir l’objectif de 1,5 °C fixé dans l’Accord de Paris et mettre un terme à l’effondrement de la biodiversité.
Église verte est un mouvement davantage institutionnel, national, et oecuménique. Il a pour objectif d’engager les communautés chrétiennes dans la transition écologique, c’est-à-dire les paroisses, les monastères ou les couvents. Pour ma part, je me suis engagée au niveau de ma paroisse, à Vincennes, en créant avec d’autres un groupe Église verte, en 2023. Nous étions le premier groupe de la paroisse à aborder ce sujet. Au début, les paroissiens étaient très réticents, avec une vision négative et politisée de l’écologie. On nous affiliait à Sandrine Rousseau et, inconsciemment, à une posture moralisatrice accablante ! Surpris, nous avons décidé de nous adapter plutôt que de tout vouloir changer. C’est pourquoi nous avons centré nos activités sur de la sensibilisation pour mettre l’écologie intégrale au cœur, avant de la mettre en actes. Nous avons ainsi monté des ateliers de partage, des projections de films, des ventes de livres, ou encore intégré des prières universelles dédiées à l’écologie intégrale au cours de la messe.
En quoi ces deux engagements se nourrissent-ils ?
Pour moi, Laudato si’ international et Église verte se complètent. D’abord parce que c’est la prière et la formation qui m’ont amenée à avoir une approche plus militante. Mais aussi, parce que l’espérance que je puise dans la prière me permet d’avoir l’énergie de porter ces sujets au sein de notre communauté de Notre-Dame de Vincennes. Même si c’est peut-être moins « vendeur », j’aime cet engagement en paroisse car il m’aide à mieux comprendre mon environnement local pour m’intégrer davantage et, je l’espère ainsi, apporter un changement de l’intérieur de l’Église. Car c’est de cela qu’il s’agit : aller à la rencontre des nombreux groupes au sein de la paroisse, avec leur diversité et leurs contraintes propres, et c’est un sacré challenge ! François prône justement dans Laudato si’ le dialogue comme mode d’action pour répondre à toutes ces problématiques. Petite anecdote, j’ai récemment « infiltré » l’organisation d’un événement paroissial. Il se passe des choses en termes de déchets ou de messages véhiculés ! Ce type d’actions n’apporte pas de changements révolutionnaires, mais transforme par petites touches. À cette occasion, nous avons ainsi pu créer un « corner » Église verte avec des prières spécifiques, ainsi qu’un circuit pour que les restes alimentaires soient dorénavant partagés avec les associations pour les SDF de la ville. Il ne faut pas se décourager, comme le dit l’encyclique : « Marchons en chantant ! Que nos luttes et notre préoccupation pour cette planète ne nous enlèvent pas la joie de l’espérance. »
Baudouin DUCHANGE
À propos du mouvement Laudato si’
« Inspirer et mobiliser la communauté catholique afin de prendre soin de notre maison commune et d’obtenir la justice climatique et écologique, en collaborant avec toutes les personnes de bonne volonté. » C’est ainsi que le Mouvement Laudato si’ définit sa mission. Parmi ses actions, la formation, gratuite et en ligne, d’animateurs et animatrices Laudato si’ forment une communauté mondiale de prière et d’action.
Plus d’infos sur la formation : https://laudatosianimators.org/fr/
