Jeunes avec François

Benjamin

« La minorité c’est accepter d’être dépendant de l’autre »
Travailler sur la minorité me permet de découvrir une autre façon de vivre.

Benjamin, 28 ans et comédien, habite en Valais au milieu des montagnes suisses. Engagé dans la famille franciscaine, il a animé l’une des six « Caravanes de la Paix » qui faisaient route vers Vézelay en juillet dernier. Retour sur cette expérience et sa rencontre avec saint François.

Comment as-tu rencontré les franciscains ?

Le premier franciscain que j’ai rencontré, c’est François d’Assise au travers de notre pape François et de son encyclique Laudato Si’. Lorsque je l’ai lue, je me suis complètement reconnu dedans. Le pape François mettait des mots sur ma façon d’envisager le monde et m’offrait de nouvelles pistes pour construire un monde social et écologique avec mes frères et sœurs. Avec un groupe de jeunes, nous en avons même fait un spectacle présenté dans la halle de fruit d’un producteur de fruits de la région. Le décor était fait de palettes, il y avait un jardin verdoyant et saint François se révélait au travers d’un jeune d’aujourd’hui qui prend soin de la Création tout entière en chantant le Cantique des Créatures.

Puis c’est au travers d’un camp d’été dont j’étais animateur que le tiers-ordre franciscain (actuellement OFS) a pointé le bout de son nez dans ma vie. En effet, pendant une semaine, nous avons parlé de Marguerite Bays, une sainte suisse canonisée en 2020, membre du tiers-ordre. Elle a vécu la minorité en se donnant pour les familles pauvres de son petit hameau de la campagne fribourgeoise. Elle vivait très simplement et accueillait tout le monde, peu importe son passé. J’ai trouvé cette vie si simple et à la fois si grande. Elle avait quand même reçu les stigmates ! Comme c’était le Covid, nous en avons fait une série vidéo, n’hésitez pas à la regarder* !

Puis, quelques années plus tard, j’ai découvert un cahier de spiritualité de l’OFS sur la Paix dans lequel je me suis totalement reconnu. J’ai donc contacté l’OFS suisse romand et je suis rentré dans une fraternité. C’est là que j’ai rencontré des franciscains pour la première fois en chair et en os. Depuis maintenant deux ans, je chemine avec cette fraternité et j’ai également lancé une fraternité de jeunes l’année passée. Nous sommes actuellement sept.

Quel aspect de la spiritualité franciscaine te rejoint dans ta vie ?

Je pense que dans mes premières années de jeunesse, tout comme saint François, je me suis beaucoup mis en avant, parfois en rabaissant certaines personnes. Travailler sur la minorité me permet de découvrir une autre façon de vivre en laissant toute la place à l’autre d’être et de faire à sa manière. Ce n’est pas simple… Parfois j’aimerais passer mes frères et sœurs par la fenêtre mais je me retiens et j’essaye de les regarder avec les yeux de Dieu. J’essaye aussi de vivre plus simplement, en laissant de côté des manières « sophistiquées » d’être au monde qui se sont développés dans certains milieux citadins que j’ai côtoyés.

Tu as participé aux Caravanes de la Paix fin juillet. Qu’est-ce que cette expérience t’a permis d’approfondir ?

C’était une expérience magnifique. Chaque jour, nous parlions de minorité, de pauvreté et de fraternité. Les fruits de ces discussions se voyaient de manière tangible dans les relations dès le lendemain matin. J’ai particulièrement aimé lorsqu’une sœur nous a parlé de son expérience de la minorité. « Être plus petit que », ce n’est pas seulement faire passer l’autre avant soi, c’est aussi réussir à demander de l’aide dans les petites choses de la vie. Un exemple concret : j’avais très mal aux épaules et une sœur m’a proposé, durant la marche, de me soulager avec de l’acuponcture. Trop bien ! Le soir arrive. La sœur me semble très fatiguée. Dois-je, par minorité, passer après en ne lui rappelant pas le service qu’elle m’avait proposé plus tôt ? Ou, parce que j’ai vraiment mal, je dois lui dire : ma sœur, si tu n’es pas trop fatiguée, voudrais-tu bien m’aider ? Je ne me suis pas imposé en disant : « Tu m’as promis de l’acuponcture, vas-y maintenant » mais je me suis présenté à elle en lui laissant le choix d’aller se reposer ou de m’aider. C’est aussi de la minorité d’accepter d’être dépendant de l’autre et c’est peut-être même plus difficile que de rendre service.

Benjamin BENDER

*Retrouvez la série de vidéo sur sainte Marguerite Bays sur la chaine YouTube Jeunesse et Vocations.

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