Jeunes avec François

Nolwenn

« Je dé couvre une foi plus incarnée »
Dieu ne s’impose pas.

Nolwenn, 29 ans, a rencontré les franciscains l’an dernier au cours du festival Brother Sun en août 2025, puis à l’occasion de la retraite à Tazert en février 2026. Elle nous partage aujourd’hui comment la découverte de la spiritualité franciscaine entre en résonance avec son travail et son chemin de foi.

Je suis éducatrice socioprofessionnelle dans une association. J’accompagne tout particulièrement des personnes qui sont passées par la rue pour les aider à se réinsérer par l’emploi. Dans mon quotidien, j’ai un rythme un peu intense et mon travail me confronte à des situations souvent difficiles. En début d’année, je sentais que j’avais besoin de prendre un temps de pause dans ma vie et j’ai entendu parler de la proposition de retraite au Maroc par une amie.

CHANGER DE BANDE-SON

Ce temps de retraite m’a permis de faire véritablement de l’espace dans mon quotidien et d’avoir des bons moments de silence. J’ai aimé pouvoir faire une chose à la fois et me déconnecter de mon téléphone et des sollicitations permanentes. Ainsi, j’ai senti que je pouvais avoir une meilleure qualité d’attention à l’autre et à Dieu dans ma prière. Au quotidien, je trouve difficile d’avoir un vrai espace de prière, je dois me bousculer pour me dire : « Ok, je prends un temps maintenant pour prier. »

Je me rappelle aussi avoir été touchée par le bruit. À la Maison de la Visitation (Tazert), chez les sœurs, on entend le chant des oiseaux, mais aussi l’appel à la prière depuis le village en aval. C’est toute une bande-son différente de mon quotidien et je crois que ça m’a aidé à me rendre disponible à autre chose. Le seul fait de vivre ce temps au Maroc, de me déplacer physiquement loin de chez moi, m’a permis de vivre un déplacement un peu plus intérieur. Sortir de ses repères et être bousculé de la sorte favorise une disponibilité différente aux autres, à Dieu et à la Création.

UNE SOIF D’INCARNATION

J’ai également beaucoup apprécié la parole de Fr. Stéphane(1) : il n’était pas dans un système de pensée construit et argumenté à l’avance. Au contraire, il parlait à partir de sa propre expérience, livrant un témoignage de vie et de présence du Seigneur dans son histoire, en particulier au Maroc. Cette prédication incarnée m’a beaucoup touchée. D’ailleurs, quand on lui posait des questions sur des sujets confrontants, il ne se cachait pas derrière des connaissances ou des dogmes, mais partageait une expérience qui l’avait rendu heureux, tout en reconnaissant que ce n’était pas toujours facile…

La Maison de la Visitation (Tazert), à 1h de Marrakech.
Les Sœurs de saint François d’Assise y accueillent des retraitants tout au long de l’année.

Cette foi incarnée est quelque chose que je découvre un peu dans le charisme franciscain. En 2022-2023, j’ai été volontaire pendant un an en Palestine avec la DCC(2). Avant cela, j’avais une vision de Dieu plus abstraite, philosophique : un principe de vie, un principe créateur, etc. Une question qui m’a habitée pendant mon année en Palestine était : « Pourquoi Dieu s’est incarné dans une histoire, dans des lieux, dans un peuple très précis ? Pourquoi est-ce qu’Il ne s’est pas révélé à nous de manière plus directe, nous donnant accès à une connaissance de Lui sans passer par toute la partie culturelle, historique, etc. ? » Ce serait quand même beaucoup plus simple !
Finalement, il y a une pédagogie qui est assez incroyable : Dieu ne s’impose pas. C’est ce qui m’a pas mal travaillé pendant ce temps de retraite, en découvrant progressivement que la foi s’incarne dans les rencontres du quotidien, qu’il me faut essayer de voir le visage du Christ dans les personnes.

SOIGNER NOS LIENS

Aujourd’hui, c’est la manière par laquelle je me sens appelée à vivre ma foi, notamment dans mon lieu de vie où l’altérité est palpable. Depuis décembre 2023, j’habite dans la Maison Sainte-Angèle, à Poissy, où nous essayons, avec mes colocataires, de vivre l’écologie intégrale dans l’esprit de Laudato si’. Ainsi, nous essayons de créer un lien avec la nature : on a un potager, on fait notre pain, on a des poules, etc. Mais vivre l’écologie intégrale dépasse cela. C’est aussi reconnaître Dieu se faire présent dans les liens avec les uns et les autres : c’est laisser de la place aux autres, voir les talents de chacun, travailler un mode de gouvernance partagé… Tout cela demande beaucoup de travail et d’écoute, d’attention à l’autre pour que chacun puisse s’exprimer, etc. Cela implique de se mettre en lien pour faire des choix, ce n’est pas forcément plus simple car nous avons des parcours de vie et des sensibilités différentes, mais c’est souvent plus riche.

UNE ESPÉRANCE DANS LA SOUFFRANCE

Enfin, la retraite m’a permis de prendre du temps pour creuser la question de la souffrance, à la lumière de l’Évangile de la Passion et de la Résurrection du Christ. Souvent, je peux être très révoltée par les situations d’injustice que je vois dans mon travail. J’ai aussi été très marquée par la situation du peuple palestinien lors de mon année en volontariat. Je me souviens que Fr. Stéphane nous a apporté un élément éclairant en nous disant qu’en tant que chrétien, nous ne sommes pas appelés à répondre à la souffrance, à sauver ou à apporter une solution, mais d’abord à vivre avec, comme le Christ est venu la vivre avec nous. C’est parfois difficile à entendre, mais ça donne du sens et ça peut aider à garder espoir. Aujourd’hui, je me sens très chanceuse d’être croyante et d’avoir cette espérance avec moi !

Nolwenn COURTIER

(1) Fr. Stéphane Delavelle, animateur de la retraite, est missionnaire au Maroc depuis quatorze ans. Il vit actuellement à Meknès.
(2) Délégation catholique pour la coopération.

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