À année inédite, projet inédit : le premier manga retraçant la vie de saint François sortira cet automne ! Entre fidélité historique et narration visuelle contemporaine, En frères vous plonge dans les coulisses de ce projet audacieux qui espère rejoindre les jeunes générations.
Émilie Droulers, autant qu’elle s’en souvienne, a toujours aimé dessiner. Ce goût du tracé, elle le tient sûrement de sa mère, elle-même illustratrice. « Ce n’est vraiment qu’en classe de première que j’ai commencé à prendre des cours de dessin d’observation et, comme j’aimais aussi écrire, je me suis lancé dans la bande dessinée. »
Le baccalauréat en poche, elle accomplit son rêve et intègre une école de bande dessinée. Son premier projet professionnel ne tardera pas à arriver. Nous sommes en 2023 et ce sera l’illustration de la bande dessinée du jeune italien Carlo Acutis(1). C’est Aymeric Jeanson, alors nouveau directeur des Éditions de l’Emmanuel, qui fera appel à elle, en juin 2024, pour un projet un peu fou : un manga sur la vie de saint François d’Assise.
Mais tout naît, en fin d’année 2023, lors d’un brainstorming du service communication de la Province. « Nous avions reçu, depuis Rome, un document de travail émanant de la Conférence internationale de la Famille franciscaine. Il nous invitait à investir dans la fantaisie et la créativité afin que les centenaires(2) aient un impact sur des milieux sociaux et culturels non ecclésiaux », explique Fr. Frédéric-Marie Le Méhauté, à l’époque directeur du service. Cette invitation croise le vieux rêve de ce frère ayant côtoyé la pop culture japonaise(3). « Le format manga, c’est faire se rencontrer un saint qui est mort il y a 800 ans et l’expression d’une culture très contemporaine. C’est s’engager dans une relecture, une traduction et une redécouverte de sa pertinence pour aujourd’hui. »
PLACE AUX ÉMOTIONS
Émilie est tout de suite emballée. Elle m’explique les principales différences entre une BD et un manga qui racontent toutes deux des histoires en images. « C’est une affaire de style et de réglages sur les visages car il y a des codes bien spécifiques. » Je découvre ainsi que l’univers du manga est le plus souvent en noir et blanc, qu’il se lit de droite à gauche, que les visages sont jeunes et leurs yeux plus grands avec des expressions très accentuées. Et c’est justement cette place donnée aux émotions qui rythme le récit. « Ce qu’on raconte en deux cases dans une bande dessinée occidentale, on peut le raconter en trois pages sur un manga ! Le rythme est beaucoup plus lent. On prend le temps de décomposer les mouvements et de montrer ce que ressentent les personnages ; cela nous les rend proches, on plonge dans leurs vies ! », raconte Émilie en nous montrant ses premières planches. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la vie intense de saint François s’y prête à merveille !
ÉCRIRE AVANT DE DESSINER
C’est donc à une véritable expérience sensorielle que seront invités les futurs lecteurs du manga franciscain qui paraîtra, cet automne, aux Éditions de l’Emmanuel. Émilie, qui assume autant les dessins que les textes, a débuté par une phase de lectures pour rentrer dans l’univers du Poverello. « J’avais en tête des images d’Épinal, mais j’ai lu plein de livres sur François, surlignant les passages qui m’intéressaient et dont je me disais qu’ils fonctionneraient bien en manga. »
Notre jeune mangaka(4) revient vers les frères avec une chronologie bien ficelée à leur soumettre car, démarche centrale de ce projet, tout se réfléchit en collectif. « On a balisé ensemble les grands épisodes et déterminé un ordre de progression car, avant de dessiner quoi que ce soit, il faut tomber d’accord sur un scénario. »


EN COULISSE
Vient ensuite le temps de l’écriture, chapitre par chapitre, puis celui du story-board, étape clé qui s’étend sur plusieurs mois. « Il s’agit d’un brouillon global sous forme de croquis permettant de répartir les scènes, les personnages et de vérifier le format. Ce support a ensuite servi de base aux échanges avec les frères et Aymeric pour affiner certains éléments. » Quel visage donner au sultan, fallait-il le dessiner distant ou très amical ? Comment dessiner frère Élie qui a longtemps été une figure controversée dans l’ordre. « Pour chaque image, il nous fallut poser des options et faire des choix. Nous sommes repartis des sources franciscaines, mais traduire, c’est trahir, mais c’est aussi incarner et transmettre. Je me suis sentie parfois comme Thomas de Celano, à chercher des mots pour aider notre autrice à être au plus proche de l’expérience de François. »
Émilie est maintenant entrée dans l’exigeant travail du dessin, d’abord au crayon à papier puis, à la plume et à l’encre de Chine, avant de scanner pour ajouter, informatiquement, les textes et les trames. « Ce sont les nuances de gris et c’est ce qui va donner du relief aux pages. » Autrement dit, Émilie va repasser sur chaque case trois fois ! Un travail digne des plus grands moines copistes bénédictins. Semaine après semaine, le premier manga sur la vie de saint François prend vie et on vous promet qu’il va faire sensation Noël prochain, au pied du sapin !
Émilie REY
(1) Carlo Acutis En route vers le ciel, Éditions de l’Emmanuel, mars 2023, 48 p.
(2) De 2023 à 2026, la Famille franciscaine célèbre plusieurs centenaires, du Noël de Greccio à la composition du Cantique de Frère Soleil, jusqu’à la mort de François qui sera fêtée cette année 2026.
(3) Elle regroupe les formes de culture populaire du Japon, comme les mangas, le cinéma d’animation, les jeux vidéo et la musique, largement diffusées au Japon et dans le monde.
(4) Autrice de manga.