« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour le festival Brother Sun »

Loué sois-tu pour la jeunesse, cet âge qui donne une espérance au monde au milieu de son brouillard.

Emmanuel Pellat – la quarantaine et père de bientôt cinq enfants – était envoyé par la rédaction du journal La Croix pour couvrir le Festival Brother Sun. Témoin de cet événement, il a accepté de nous livrer un regard personnel sur ce qu’il a vécu et laisse monter une louange.

À l’âge de 22 ans, je suis revenu au Seigneur, « Dieu de l’Univers », à l’occasion d’une marche dans le désert du Sahara, ma Nuit de feu, pour reprendre le titre du livre d’Éric-Emmanuel Schmitt*. Plus banalement – comme tant d’autres jeunes aujourd’hui –, j’ai reçu la certitude de quelque chose de solide au milieu d’un monde liquide, l’expérience d’une brûlure qui donne vie plus qu’elle ne mord, la découverte d’un chemin au-delà de la nuit.
Pendant vingt ans, j’ai été journaliste dans les médias chrétiens, ce qui s’est révélé une expérience franciscaine sous bien des aspects : être témoin de l’œuvre de l’Esprit et de sa gloire au milieu et au prix de la précarité, des moqueries du monde et des misères et coups bas de la vie de l’Église. En 2009, à l’occasion des 800 ans de la fondation de l’ordre franciscain, j’avais réalisé, pour un hebdomadaire chrétien, un grand reportage sur la famille franciscaine en France : sœurs clarisses, frères conventuels, frères mineurs, capucins et laïcs du tiers ordre. Étant sensible, comme beaucoup d’hommes et de femmes, à ce petit frère perché sur l’horizon qu’est saint François d’Assise, j’avais eu le cœur serré de découvrir un ordre qui semblait s’éteindre peu à peu, comme un feu pascal devenu feu de cheminée et même, manquant de bois.

Aussi, plus de quinze ans après, témoin de cette fleur printanière qu’est le Festival Brother Sun, laissez-moi, mon Seigneur, vous adresser ce modeste cantique :

Loué, sois-tu mon Seigneur pour le Festival Brother Sun,
Loué sois-tu pour sœur la compassion qui a fait que des religieux franciscains ont eu le cœur saisi par une jeunesse – sensible à Frère soleil et s’étant reconnue comme lépreuse – souvent esseulée au milieu de ton troupeau,
Loué sois-tu pour la jeunesse, cet âge qui donne une espérance au monde au milieu de son brouillard et de ses hébétudes,
Loué sois-tu pour sœur la persévérance que tu as donnée aux frères mineurs, ce « oui » qui fait office de chandelle et donne d’avancer dans nos nuits,
Loué sois-tu pour l’humilité, ce cadeau dont seule ta grâce nous rend capable et qui, de génération en génération, fait se tourner les plus jeunes vers des « aînés »,
Loué sois-tu Seigneur pour la tendresse, qui nous fait maladroitement avoir besoin les uns des autres et se glisse comme un baume discret jusque dans nos différends ;
Oui, loué sois-tu pour ce petit printemps dans l’Église catholique de France qu’est le Festival Brother Sun,
Oui, loué sois-tu, mon Seigneur et mon Dieu, car rien n’est anodin pour toi puisque tout à ta préférence.

Emmanuel PELLAT

* La nuit de feu, Éric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 2015.

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