“Allez, il l’a fait avant nous !”

Le 15 juillet 2018, Ophélie et Benoît quittaient le Jura avec un sac de 6 et 8 kg sur le dos. Quelques ampoules, 10 pays traversés et 326 jours plus tard, ils entraient dans « la Ville sainte » pour la Pentecôte 2019.

Après avoir terminé ses études, Benoit s’est laissé embarquer sur le chemin de Compostelle par un ami. Il est revenu avec un grand désir de marcher plus loin…jusqu’à Jérusalem. Ophélie travaillait en Alsace, tout en méditant secrètement et depuis plusieurs années, le projet de partir, elle aussi, à Jérusalem. Cela faisait quatre mois qu’elle priait matin et soir pour un binôme de marche… Alors quand Benoit, qu’elle connaissait peu, l’a contactée en décembre 2017, elle n’a pas hésité ! En perspective : des milliers de découvertes et de rencontres imprévisibles. Partir à pied c’était aussi n’emporter que l’essentiel, renoncer à la certitude d’un lit chaud ou le confort de ses habitudes. « Je crois que j’avais un peu envie d’en baver ! »  ajoute Ophélie. Notre destination, « Yeru-shalom » c’est-à-dire « Cité de paix », est importante pour la foi et l’Histoire, « c’est surtout le chemin pour y parvenir qui nous enthousiasmait le plus ». Comme une manière de se jeter à l’eau avec Dieu, en se lançant dans une grande aventure pour Lui et avec Lui.

D’où êtes-vous partis ?

Nous voulions d’abord suivre le « Chemin d’Assise » (ouvert par des membres de la Fraternité Franciscaine Séculière en 2012). Assise – une ville qui nous avait marqué l’un et l’autre – était aussi l’étape qui devait valider le fonctionnement du binôme…Cela avait du sens d’être « envoyés » depuis le couvent des sœurs Clarisses de Poligny (Jura), Benoît les connait bien. Aux murs de leur chapelle… une fresque avec les villes de Poligny, Assise et Jérusalem, notre itinéraire en somme. Coïncidence, l’Evangile du jour du départ proclamait : « Jésus commença à les envoyer en mission deux par deux (…) et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route » (Mc 6,7-13). Enfin les sœurs nous ont chanté la Bénédiction [de Saint François] à frère Léon. Autant de « clins d’yeux (Dieu) », de souvenirs précieux dans les moments plus difficiles, comme lors d’une grippe de dix jours en Macédoine juste avant Noël.

Qu’avez-vous découvert de la spiritualité franciscaine ?

L’audace de Claire et de François nous a encouragés à faire confiance, à nous émerveiller et à louer Dieu : ils n’ont pas seulement cru en Dieu mais ils ont cru Dieu. Cela a aussi guidé notre démarche de mendicité et d’abandon à la providence pour chaque jour On a souvent pensé à saint François avant de toquer à une porte : « Allez, il l’a fait avant nous ! ». Parcourir les lieux où ils ont vécu fut aussi une belle occasion de prier avec eux.

Avez-vous rencontré des membres de la famille franciscaine sur votre route ?

Sur notre route, nous avons fait de très belles rencontres. Notre arrivée à la nuit tombée au sanctuaire de La Verna reste mémorable grâce à l’accueil joyeux et plein de curiosité de Frère Lorenzo : de « rien » nous passons à « tout », c’est-à-dire un lit, une douche, un repas et un bel échange… Les sœurs franciscaines Alcantarines d’Assise, dont la tendresse nous revigore autant que leurs paniers repas ! En Toscane, nous toquons à une belle propriété. Luciano ouvre tout de suite le portail pour nous parler, geste qui déjà nous touche. A peine nous nous sommes présentés qu’il nous lance : « Vous voulez dormir chez nous ? Nous sommes frères, vous savez (il montre nos Tau autour du cou) : avec ma femme, nous faisons partie du tiers ordre franciscain ! ». Ces personnes nous ont marqué par leur affection et leur authenticité, prêtes à accueillir l’inhabituel.

Est-ce que ce temps a été un temps d’approfondissement de votre foi ? Comment le décririez-vous ?

« Rien que pour aujourd’hui ! », comme dirait Thérèse de Lisieux, a été un challenge quotidien. Cette confiance en Dieu ressemble à une ancre de bateau : Dieu est notre assurance même quand les circonstances indiquent le contraire. Un rythme de prière commun, comme un temps de louange, de méditation de l’évangile ou le chapelet, nous ont aidé. Aussi pour des mises au point et des réconciliations entre nous. Aujourd’hui, la Jérusalem terrestre est atteinte, mais le pèlerinage intérieur continue, dans la vie quotidienne avec ses défis… Et avec gratitude envers tous ceux qui nous ont aidés, accueillis ou accompagnés avec générosité sur la route ou par la prière.

Pour quelques photos et anecdotes, notre petit blog de voyage : https://jurajeru.tumblr.com

Ophélie DECHANCÉ et Benoît GARNIER

“Ils n’ont pas seulement cru en Dieu mais ils ont cru Dieu.”

Ophélie DECHANCÉ et Benoît GARNIER