Le Transitus, un passage vers l’éternité

Le 4 octobre, l’Église célébrera saint François d’Assise. Mais savez-vous que cette solennité débute le 3 au soir par le Transitus ? De quoi s’agit-il ?

Dans le vocabulaire franciscain, nous utilisons une fois par an un mot original mais au contenu très dense : celui de “Transitus”. Issu du latin, utilisé par Jules César quand il traversa le Rhin, il signifie l’action de franchir un passage, d’aller plus loin. C’est ainsi que nous comprenons et désignons, chaque année au soir du 3 octobre, la célébration de la mort de François d’Assise. Dans la nature, les êtres vivants sont tous soumis à la mort mais l’homme est le seul animal qui sait qu’il va mourir. De manière spontanée, il perçoit la mort comme la menace par excellence qui pèse sur son être. La mort accomplirait la destruction de toute son existence terrestre.

UN PASSAGE VERS L’ÉTERNITÉ

Pour nous, chrétiens, l’équilibre profond de l’homme se trouve dans sa communion avec Dieu : or le don de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus- Christ, ce qui sous-entend que la mort demeure un passage vers l’éternité. La mort est donc une fin mais elle n’est pas LA fin. Et là, François d’Assise peut nous aider à comprendre et à vivre une bonne conception de cette fin. Voici ce qu’en dit un de ses contemporains, Thomas de Celano : “Quand il sentit venir le jour où la lumière éternelle succéderait pour lui à notre lumière périssable […] lorsqu’il fut en effet définitivement terrassé par la maladie qui devait mettre fin à ses maux, il se fit étendre nu sur la terre nue afin qu’en cette dernière heure, celle où peut-être l’ennemi livrerait le suprême assaut, il puisse lutter nu contre un adversaire nu. Sans peur, il attendait son triomphe et ses mains jointes semblaient étreindre déjà la couronne de la justice.” (2 C 214).

FRANÇOIS CÉLÈBRE LA MORT

En cette fin de journée du 3 octobre 1226, saint François “transite” vers le Père en chantant le psaume 141 : “À pleine voix, je crie vers le Seigneur, à pleine voix je supplie le Seigneur, je répands devant lui ma plainte, devant lui, je dis ma détresse. (…) Tire-moi de la prison ou je suis, que je rende grâce à ton nom”. François ne subit pas la mort, il ne se contente pas de la vivre comme les autres moments de son existence, il la célèbre comme l’accomplissement de sa vocation. Pour lui, comme pour nous, la mort n’est pas un acte improvisé. Elle peut donc se célébrer. Voilà pourquoi un office liturgique, le Transitus, lui est consacré, dans nos fraternités, le 3 octobre au soir. À travers hymne, psaumes et parole de Dieu, nous nous rappelons, pour y puiser des forces, comment, dans l’espérance, notre fondateur a vécu sa mort. Il n’y a pas de vie chrétienne sans espérance. Elle est cette inclination du coeur par laquelle le Seigneur nous dispose à attendre, avec confiance, tout ce qu’il nous a promis. Elle n’est pas une utopie mais le moteur d’une vie réussie. Terminons par cette belle citation de Charles Péguy : “La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance”. Belle fête de la Saint-François à toutes et tous !

Fr. François Comparat, franciscain à Paris

Article paru dans la revue En frères N°3, téléchargeable en PDF sur ce lien