« François est une figure humaine du Christ »

Antoine a 23 ans et participe au groupe Laudato Si’ qui rassemble une dizaine d’étudiants et de jeunes professionnels au couvent franciscain de Paris. Étudiant à AgroParisTech, il entre aujourd’hui dans la fonction publique pour travailler au ministère de l’Agriculture et au ministère de la Transition écologique. Il nous partage son parcours et son chemin de découvert de saint François.

À mes neuf ans, en famille, nous avons élu domicile à Brive-la-Gaillarde. Mes parents ont rencontré la communauté présente aux Grottes de Saint-Antoine. Les messes étaient super dynamiques, on a tout de suite accroché ! Ensuite, avec les frères, on est partis en pèlerinage à Assise, on a marché entre Vézelay et Taizé, on est allé plusieurs fois à Lourdes… Tout en étant très jeune, j’ai été touché par la sobriété, la simplicité et la beauté des liturgies des frères. J’ai de beaux souvenirs d’échanges avec chacun d’eux : Fr. Éric, Fr. Nicolas, Fr. Boris, Fr. Dominique ou encore Fr. Michel qui nous a appris à danser ! Le charisme de Fr. Stéphane, visage du Christ au milieu de nos frères musulmans à Meknès, m’a également beaucoup parlé.

Après avoir passé six ans à Brive, nous sommes partis à Épinal. Là j’ai un peu décroché, moins de pratique religieuse, l’église que j’ai rencontrée était vieillissante, comme figée. Nous avons ensuite déménagé à Besançon, à deux pas des Buis. On a retrouvé cette joie franciscaine et moi, j’ai poursuivi mon chemin de découverte de saint François. Depuis deux ans, je me rends en retraite à l’ermitage de la Cordelle, à Vézelay. L’an dernier, j’y ai emmené ma petite sœur, c’était très beau.

On a été impressionnés par le silence que les frères essayent de vivre et leur simplicité, ils ne se prennent pas trop la tête, comme des franciscains quoi ! Les frères me portent beaucoup dans la foi.

LES DEUX ENCYCLIQUES DU PAPE

Pour moi, François est une figure humaine du Christ, un des disciples de Jésus qui a le mieux réussi à suivre son chemin. C’est un exemple, exigeant mais tellement beau. J’admire sa radicalité, cela fait écho en moi à deux textes : la parabole du jeune homme riche (Mc 10, 17-31) où Jésus nous dit : « Va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, prends ta croix et suis-moi ». Et ce poème de Louis-Joseph Lebret : « Seigneur, envoie-nous des fous, des déraisonnables, des passionnés, capables de sauter dans l’insécurité : l’inconnu toujours plus béant de la pauvreté ».

Saint François est cet homme qui avait tout et qui a décidé de tout quitter pour ce faire le plus petit de tous. L’idée de « vivre avec » juste pour « être là » ensemble, partager la beauté de l’amour et du message du Christ est vraiment magnifique.

Le Christ nous appelle mais souvent, on rebrousse chemin. Il n’est pas facile d’être vrai, d’être cohérent, d’être engagé. À l’heure des enjeux écologiques, c’est une question qui revient tout le temps : comment passer des belles idées à leur mise en œuvre ?

Dans ma découverte de François, les deux encycliques du Pape – Laudato Si’ et Fratelli tutti – m’ont aussi beaucoup marqué. J’ai été touché de voir combien saint François est quelqu’un de marquant pour le Pape, un Pape que je trouve incroyable d’engagements politiques et de courage.

Les médias dépeignent souvent une Eglise intéressée par des sujets de bioéthique, par la satisfaction de ses propres besoins alors que le Pape nous invite à aller beaucoup plus loin. Dans « écologie intégrale », beaucoup de chrétiens se sont réjouis et arrêtés au mot « intégrale », qui allait dans le sens de leurs convictions. Mais le Pape nous appelle aussi à l’écologie, à repenser en profondeur notre rapport à la Création et la manière d’habiter notre maison commune. Allier ces deux mots, indissociables l’un de l’autre : voilà qui est un vrai challenge !

Dans Fratelli tutti, il nous appelle à réinventer la politique, à nous engager dans la vie de la cité, à nous mettre au service d’un véritable bien commun et en particulier des plus petits de nos frères. Redécouvrir saint François dans la bouche du Pape le rend tellement actuel et me donne envie d’approfondir davantage cette belle figure de l’Église.

Antoine MANTEAUX

“On a été impressionnés par le silence que les frères essayent de vivre et leur simplicité”

Antoine MANTEAUX