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RAYMOND LULLE (Ramon Lull), ( Bienheureux), 1235-1316

Un des personnages les plus étonnant du XIII° siècle. Autodidacte, philosophe, théologien, poête, mystique, visionnaire, considéré par les uns comme un aventurier, suspecté d’hérésie par d’autres, récupéré par les alchimistes, mais béatifié dans l’Ordre franciscain qui retient surtout son extraordinaire zèle missionnaire, et son amour inconditionnel du Christ-Sauveur. On le désigne sous le titre de « Docteur illuminé », mais lui-même s’intitulait « Procureur des Infidèles ».

Raymond est  mal connu, malgré ses œuvres autobiographiques dans lesquelles il n’est pas aisé de trier le vrai du caché ou de l’exagéré. Sa vie est un roman, et c’est bien ainsi qu’il la conçoit lui-même.

Biographie

On sait qu’il est né à Palma de Majorque, entre 1232 et 1235, d’une famille noble.  Son père, catalan d’origine était militaire et aurait participé à la reconquista de l’île de Majorque. Mais la présence dans l’île de nombreux Maures, après la reconquête, semble avoir marqué son destin et l’intérêt qu’il porta toute sa vie au dialogue avec l’Islam.

Dès l’âge de douze ans, il est envoyé comme page à la cour de Jacques I d’Aragon où il mène une vie légère, et fertile en aventures féminines.. Puis il se marie, très jeune, avec une beauté qu’il admire qui lui donne un garçon et une fille. Malgré cela il continue sa vie volage et écrit des madrigaux pour ses conquêtes,  jusqu’à l’âge de trente ans. Mais subitement il va changer de vie. En 1263, le Christ crucifié lui apparaît à plusieurs reprises et l’invite à consacrer sa vie à la conversion des Musulmans.  La mort brutale de sa femme l’affecte profondément. Il se retire du monde, après avoir assuré l’avenir de ses enfants. Il part en pèlerinage pour expier sa vie passée, puis se retire dans un ermitage, où il conçoit son projet missionnaire que l’on peut ainsi résumer : a) écrire des livres de controverse et d’apologétique pour affronter les musulmans ; -  b) fonder des écoles de langues arabe et hébraïque pour la formation de futurs missionnaires ; enfin évangéliser par la parole et par l’action. Pendant neuf ans, dans sa retraite, il étudie la philosophie et la théologie, il apprend l’hébreu, ainsi que la langue arabe avec l’aide d’un esclave, dans sa retraite de Randa. Là, il obtient la fondation d’un couvent de Frères Mineurs, prémice de ses « collèges missionnaires ».

Il aurait bien voulu être admis comme frère mineur, mais sa vie passée et ses idées ne favorisent pas son admission dans l’Ordre. Il rejoindra donc le Tiers Ordre franciscain, en restant laïc dans le monde et en conservant ainsi sa liberté d’action.  Il entreprend des démarches à travers toute l’Europe pour obtenir des soutiens et visite le prince Jacques d’Aragon, écrit au Pape, au roi de France et à divers supérieurs religieux. Ceux-ci tout en restant sceptiques l’aident cependant à fonder le collège missionnaire de Miramar.

En 1285, il se rend à Rome, au chapitre général des Prêcheurs, puis à Paris où il fréquente l’université et passionne quelques jeunes religieux pour l’aventure missionnaire.  Malgré ses voyages incessants, en Europe, et ses traversées de la Méditerranée, il continue à écrire toutes sortes de livres. Tantôt à Montpellier, à Perpignan, à Bologne, à Paris, à Majorque et à Chypre, et souvent à Rome, où il rencontre tour à tour les papes Nicolas IV, Célestin V, Boniface VIII pour les convaincre de soutenir son ministère. Il trouve des auditoires d’étudiants partout où il passe, et il combat les idées philosophiques d’Averroès.

En 1307 il part à Bougie, en Algérie, pour disputer sur la foi chrétienne et la religion de Mahomet. Il est emprisonné durant 6 mois en cette ville, puis peut retourner en Europe, spécialement en Italie, à Gênes, à Pise où il essaie de convaincre les peuples de la nécessité d’une croisade.

En 1311, il visite le concile de Vienne pour persuader les évêques de créer un collège multilingue où seraient confrontées les thèses des savants juifs, arabes et chrétiens, car il rêve d’une association mondiale des penseurs, car il est certain de la supériorité de la pensée chrétienne. – Après une très abondante production littéraire, il rédige enfin son Arbor scientiae, reprise de son Ars magna, dans lequel il prétend donner une clé des connaissances qui permette de découvrir la vérité de chaque science, par la rigueur du langage et de la logique. –

En 1314, âgé de plus de 80 ans, il repart comme prédicateur infatigable, pour Tunis, afin de prêcher encore la foi chrétienne. Selon la légende qui en fait un martyr,  il fut attaqué et lapidé par les habitants qui l’abandonnèrent comme mort, sur la place publique. Mais il fut recueilli par des marins gênois qui le reconduisirent à Majorque. Il y mourut, soit à bord du bateau qui le transportait, soit une fois arrivée à terre, soit plus prosaïquement, si la légende est fausse, dans son lit de vieillard, en sa ville natale.

Son œuvre

Raymond Lulle est un auteur précoce, abondant et touffu. Il a abordé des domaines très divers : poésie galante, poésie religieuse, traité de mystique, commentaire de philosophie, œuvres théologiques, dont un Commentaire du Livre des Sentences, Livre de grammaire et de logique, Livres de controverse et d'apologétique, fables, romans de chevalerie etc... Evidemment, on ne prête qu'aux riches, et il reste encore à établir une liste critique de ses ouvrages authentiques. La difficulté vient de ce que lui même a brouillé les pistes en reprenant plusieurs fois ses œuvres antérieures sous des titres différents. Il aurait écrit au moins 317 ouvrages, mais on lui en a attribuées plus du double.

Raymond Lulle écrivait soit en latin, soit en Catalan, et même en arabe. Son œuvre est donc précieuse pour la connaissance de l'évolution du Catalan du XIIIe à nos jours.

Bien que n'ayant pas eu de disciples, Lulle a été apprécié par nombre d'intellectuels et de philosophes postérieurs, comme Nicolas de Cues, Pic de la Mirandole, Lefèvre d'Étaples, Giordano Bruno, et surtout par Leibnitz.- Descartes a porté sur lui un jugement sévère disant que son Art sert plus « à parler, sans jugement, [de choses] qu’on ignore, qu’à les apprendre (...)» (Discours de la méthode). Jean-Jacques Rouseau a repris cette critique. À cette réputation de légèreté s’est ajoutée la récupération du personnage par le milieu des alchimistes. Cependant Raymond Lulle est considéré aujourd’hui comme le précurseur de la logique combinatoire et est partiellement réhabilité comme penseur dans les milieux universitaires. Une revue savante "Studia Lulliana" (autrefois  "Estudios Lulianos") suscite des études contemporaines et publie une bibliographie spécialisée.

Parmi ses œuvres les plus célèbres, citons :

* ''Le livre de la contemplation'',

* ''Le dialogue du Gentil et des trois sages'',

* ''Les écrits de Blanquerne'',

* ''Le livre de l’Ami et de l’Aimé'', poésie mystique;

* ''La doctrine de la Chevalerie pour les jeunes gens'';

* ''Félix ou le Livre des merveilles'';

* ''Principes et Questions de théologie'';

* ''Traité pour le Pape, sur la reconquête de la Terre-Sainte'';

* ''Le livre de Marie'';

* ''L’arbre de la philosophie de l’Amour;

* ''Le Testament de Ramon'';

* ''L’Ars Magna'';

* ''L’Arbre de la Science.... etc...

Traductions

En traduction française moderne, il existe plusieurs traités et plusieurs recueils d’extraits, ainsi :

* ''Livre de l'Ami et de l'Aimé'', trad. Patrick Gifreu, - Paris, La Différence, 1989.

* ''Livre des Bêtes'', Préface et traduction du catalan de Patrick Gifreu, Éditions du Chiendent,Paris, 1985.

* ''L’Arbre de philosophie d’Amour et le Livre de l'Ami et de l'Aimé'', traduits par L. Sala-Molins, chez Aubier, 1967 ;

* ''L’Art bref'' traduit par A. Llinarès, Cerf 1991 ;

* ''Livre d’Evas et de Blaquerne'', trad. A. Llinarès, PUF 1970;

* ''Félix ou le Livre des merveilles'', trad. P. Gifreu, Monaco (Le Rocher) 2000;

* ''Le Livre du Gentil et des trois sages'', trad. D. de Courcelles, Paris 1992;

* ''Principes et Questions de théologie'', trad. R. Prévost et A. Llinarès, Paris, Cerf 1989.

* ''Le Livre des bêtes., La Différence, 2002

* ''Anthologie poétique'', Le Cerf, Paris, 1996

* ''Arbre des exemples'', fables et proverbes philosophiques, Paris, H. Champion, 1986

* '' Blaquerne'', traduit du catalan et préfacé par Patrick Gifreu, Monaco 2007,(éditions du Rocher).

* « Le Livre des contemplations », trad. Constantin Teleanu, Paris, 2016

Bibliographie

* Éphrem Longpré, Lulle, Raymond, in ''DTC'' (''Dictionaire de théologie catholique''), IX, 1072-1141,

* A. Llinarès, ''Raymond Lulle, Philosophe de l’action'', Paris, PUF, 1963

* L. Sala-Molins, ''La Philosophie de l’amour, chez Raymond Lulle'', Paris, 1974

* Dominique de Courcelles, ''La parole risquée de Raymond Lulle'', Paris, Vrin, 1993

*Robert Pring-Mill, Le microcosme lullien: introduction à la pensée de Raymond Lulle, Cerf,


Date de création : 13/06/2016 @ 18:02
Catégorie : Encyclopédie - Personnes-R-S
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